Si les points à tricoter n’ont plus de secrets pour moi, les explications des catalogues sont, à mon sens, une version modernisée des hiéroglyphes. C’est la raison pour laquelle, après avoir réalisé des dizaines d’écharpes, lassée, je me suis lancée dans la folie des snoods (CQFD : cols). Bien sûr, les modèles varient en fonction de ce que je possède dans mes fonds de tiroirs : boutons, fleurs crochetées, perles etc.
Cette fois-ci, c’est décidé, j’arrête ! Non aux
tiroirs injustement condamnés parce que surchargés !
Seulement, ce n’est pas si facile
d’arrêter le tricot du jour au lendemain, surtout quand, depuis quelques années
déjà, et sans qu’aucun symptôme ne se fasse ressentir, il est devenu,
complètement compulsif.
Impossible
de détourner mes yeux de ces quatre pelotes couleur marron : modèle unique,
s’il vous plait, de l’authentique vintage, certifié d’une autre époque. Elles
sont introuvables aujourd’hui, la classe !
Impossible d’ignorer
les aiguilles n°4 qui ne cessent de m’appeler, si si…ce sont elles, à mon âge
on n’entend pas des voix !
De toute façon, ces quatre pelotes
congestionnent aussi considérablement mes tiroirs. Pas d’autre solution, même
après mûre réflexion, il faut en faire quelque chose. Mais quoi ? Un col,
une écharpe ? Voilà, nous en sommes au point fatidique. L’aporie est
presque philosophique, et le serpent se mord la queue. D’un côté, des
confections qui congestionnent, de l’autre, des fournitures qui saturent encore
plus mes placards.
Le caractère inextricable de cette
situation et mon affection inexplicable pour le tricot, font que je ne peux
plus reculer. Après mûre réflexion et de nombreuses négociations, consensus est
trouvé, c’est en gilet que finiront ces pelotes ! Le gilet, c’est in, c’est chic, c’est pratique.
Évidemment, entre des compétences
relativement limitées, un temps pas non plus illimité et des fournitures
quelque peu restreintes (c’est le revers du vintage authentique), le gilet sera
singulier : pas de manches, pas de boutonnières, pas de boutons non plus,
ça c’est une idée ! D’ailleurs, vous y verrez, là, le signe de mon
adaptabilité – (qualité extrêmement recherchée, à l’heure où la flexibilité est
à son apogée dans le travail moderne !) – mais aussi de ma témérité,
reconnaissez, que c’est quand même vachement risqué, et hyper osé comme entreprise.
Un gilet en quatre pelotes, qui dit mieux ?
Alors, si comme moi, il vous manque la pierre de Rosette pour lire les catalogues de tricots, munissez-vous d’un centimètre, rassemblez vos pelotes de laine, prenez en mains vos aiguilles, organisez le tout avec votre imagination, et vous réaliserez le plus original des ouvrages. Peut-être même, lancerez-vous, la nouvelle tendance de la saison.
Quant à moi, je pars, armée de mes aiguilles pour 6 rangs
de côtes, et 50 cm de jersey, le tout en croisant les doigts (la tâche n’est
pas des plus aisée) pour que tout se passe bien. Pourvu que cela ne se finisse
pas en caraco !
Melpoménê
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