Il y
a des rencontres qu’on n’oublie pas. Qu’elles soient réelles, musicales,
cinématographiques ou littéraires. Non pas que ces trois dernières ne soient
pas réelles, non, bien au contraire, mais disons qu’elles n’ont pas l’aspect
« face à face » que l’on a avec quelqu’un. Vous voyez ce que je veux dire ou
je vous ai déjà perdus ? Ce que j’essaie de dire, c’est qu’on a tous une
histoire particulière avec - au moins - un musicien ou un écrivain, un
réalisateur, un peintre ou un photographe, etc. Une histoire qui nous rappelle pourquoi on
aime tant cet artiste et son œuvre, même s’ils ont évolué, même si nous avons
changé. Une histoire qui nous rend un peu nostalgique, qui peut nous faire
sourire et qui, parfois, peut aussi nous faire pleurer. Ah, ça y est, je vois
que vous me suivez, maintenant. Parce que vous aussi, vous avez une histoire
comme ça avec quelqu’un que vous ne connaissez pas et que vous ne rencontrerez
sans doute jamais, pas vrai ? Et même que souvent, vous ne pouvez pas
vraiment expliquer pourquoi l’univers de cette personne vous parle, vous
touche, vous fait vibrer. Et puis, pourquoi devrait-on se justifier ?
C’est comme ça, c’est tout. Les sentiments, ça ne s’explique pas.
J’ai quelques histoires plus ou
moins originales, plus ou moins personnelles, à propos de mes découvertes
musicales. Rassurez-vous, je ne vous embêterai pas avec, ce n’est pas important
et à part moi, tout le monde s’en fiche. Non, ce qui compte, c’est l’album dont
je vais vous parler, aujourd’hui. Un album live. Je déteste les albums live. Enfin,
normalement. Parce que celui-ci est un indispensable, que tout un chacun doit
avoir écouté au moins une fois dans sa vie. Si j’avais un Top 10 des albums à
écouter absolument (penser à en faire un, tiens), il ferait sans aucun doute
partie des trois premiers. Mais je parle, je parle, et je ne vous ai toujours
pas dit de quel album il s’agissait. Hé bien, ce n’est rien d’autre que le MTV Unplugged in New-York de Nirvana.
L’émission existe toujours. Son principe est simple : faire découvrir les
titres en acoustique des artistes. Pas d’artifices, pas de sons saturés. Juste
une voix et une guitare, voire un piano. Le tout enregistré en public.
Enregistré
en novembre 1993 et sorti tout juste un an plus tard, l’album n’aurait jamais
du voir le jour. Mais la mort du leader de Nirvana en avril 1994 va changer la
donne. Les fans sont toujours là et réclament de nouveaux titres. Ceux qui ont
été enregistrés et ne sont jamais sortis. Il en reste encore, on le sait, on
nous les délivre au compte-goutte dans des Best Of qui laissent à désirer. Que
voulez-vous ?, la mort d’un artiste est définitivement bonne pour le
business et peut rapporter gros.Alors pourquoi avoir sorti cet album ? Cet album où Cobain n’est peut-être pas vraiment Cobain. Cet album où sur quatorze chansons, six sont des reprises. L’album d’une émission que Cobain ne voulait même plus faire, où il n’était pas à l’aise, et où le public riait à ses mots - pas vraiment drôles. Ce public qui, à l’instar de Jim Morrison, il avait fini par détester.
Krist Novoselic et Dave Grohl, les deux acolytes
de Kurt Cobain, ont déclaré qu’il leur était « émotionnellement
difficile » de préparer un album avec les nouvelles compositions. Le MTV Unplugged était déjà tout prêt.
Mais, si je comprends la démarche, je ne peux m’empêcher de me demander s’il
n’aurait pas mieux valu attendre un peu et sortir un véritable premier album
posthume. Les fans auraient toujours été là. Vingt après, ils sont encore bel
et bien présents. Et peut-être qu’il n’aurait jamais fallu sortir cet album
acoustique de manière officielle. Il aurait tout de même circuler de toute
façon.
Alors, pourquoi j’aime tant cet
album ? Peut-être parce que soudainement, les chansons prennent tout leur
sens. Parce que la présence de guitares, d’un violoncelle et d’un accordéon
font ressortir les mots dans ce qu’ils ont de plus pur. Pour la beauté simple de « All
Apologies » et de « Pennyroyal Tea ». Et probablement aussi pour
le souvenir. Pour tout ça et plus encore.
Mais dans tous les cas, cet album
- adulé par les uns, décrié par les autres - est à écouter encore et encore.
Pour la voix cassée, triste et parfois fausse de Kurt Cobain, pour les
guitares, pour la redécouverte des titres en acoustique, mais surtout pour les
émotions. En vinyle, si vous pouvez, les frissons n’en sont que meilleurs.
Tháleia
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