vendredi 1 mars 2013

Un album pour vous conduire au Nirvana


   Il y a des rencontres qu’on n’oublie pas. Qu’elles soient réelles, musicales, cinématographiques ou littéraires. Non pas que ces trois dernières ne soient pas réelles, non, bien au contraire, mais disons qu’elles n’ont pas l’aspect « face à face » que l’on a avec quelqu’un. Vous voyez ce que je veux dire ou je vous ai déjà perdus ? Ce que j’essaie de dire, c’est qu’on a tous une histoire particulière avec - au moins - un musicien ou un écrivain, un réalisateur, un peintre ou un photographe, etc.  Une histoire qui nous rappelle pourquoi on aime tant cet artiste et son œuvre, même s’ils ont évolué, même si nous avons changé. Une histoire qui nous rend un peu nostalgique, qui peut nous faire sourire et qui, parfois, peut aussi nous faire pleurer. Ah, ça y est, je vois que vous me suivez, maintenant. Parce que vous aussi, vous avez une histoire comme ça avec quelqu’un que vous ne connaissez pas et que vous ne rencontrerez sans doute jamais, pas vrai ? Et même que souvent, vous ne pouvez pas vraiment expliquer pourquoi l’univers de cette personne vous parle, vous touche, vous fait vibrer. Et puis, pourquoi devrait-on se justifier ? C’est comme ça, c’est tout. Les sentiments, ça ne s’explique pas.

   J’ai quelques histoires plus ou moins originales, plus ou moins personnelles, à propos de mes découvertes musicales. Rassurez-vous, je ne vous embêterai pas avec, ce n’est pas important et à part moi, tout le monde s’en fiche. Non, ce qui compte, c’est l’album dont je vais vous parler, aujourd’hui. Un album live. Je déteste les albums live. Enfin, normalement. Parce que celui-ci est un indispensable, que tout un chacun doit avoir écouté au moins une fois dans sa vie. Si j’avais un Top 10 des albums à écouter absolument (penser à en faire un, tiens), il ferait sans aucun doute partie des trois premiers. Mais je parle, je parle, et je ne vous ai toujours pas dit de quel album il s’agissait. Hé bien, ce n’est rien d’autre que le MTV Unplugged in New-York de Nirvana. L’émission existe toujours. Son principe est simple : faire découvrir les titres en acoustique des artistes. Pas d’artifices, pas de sons saturés. Juste une voix et une guitare, voire un piano. Le tout enregistré en public.

  Enregistré en novembre 1993 et sorti tout juste un an plus tard, l’album n’aurait jamais du voir le jour. Mais la mort du leader de Nirvana en avril 1994 va changer la donne. Les fans sont toujours là et réclament de nouveaux titres. Ceux qui ont été enregistrés et ne sont jamais sortis. Il en reste encore, on le sait, on nous les délivre au compte-goutte dans des Best Of qui laissent à désirer. Que voulez-vous ?, la mort d’un artiste est définitivement bonne pour le business et peut rapporter gros.

 Alors pourquoi avoir sorti cet album ? Cet album où Cobain n’est peut-être pas vraiment Cobain. Cet album où sur quatorze chansons, six sont des reprises. L’album d’une émission que Cobain ne voulait même plus faire, où il n’était pas à l’aise, et où le public riait à ses mots - pas vraiment drôles. Ce public qui, à l’instar de Jim Morrison, il avait fini par détester.
Krist Novoselic et Dave Grohl, les deux acolytes de Kurt Cobain, ont déclaré qu’il leur était « émotionnellement difficile » de préparer un album avec les nouvelles compositions. Le MTV Unplugged était déjà tout prêt. Mais, si je comprends la démarche, je ne peux m’empêcher de me demander s’il n’aurait pas mieux valu attendre un peu et sortir un véritable premier album posthume. Les fans auraient toujours été là. Vingt après, ils sont encore bel et bien présents. Et peut-être qu’il n’aurait jamais fallu sortir cet album acoustique de manière officielle. Il aurait tout de même circuler de toute façon.

   Alors, pourquoi j’aime tant cet album ? Peut-être parce que soudainement, les chansons prennent tout leur sens. Parce que la présence de guitares, d’un violoncelle et d’un accordéon font ressortir les mots dans ce qu’ils ont de plus pur.  Pour la beauté simple de « All Apologies » et de « Pennyroyal Tea ». Et probablement aussi pour le souvenir. Pour tout ça et plus encore.

   Mais dans tous les cas, cet album - adulé par les uns, décrié par les autres - est à écouter encore et encore. Pour la voix cassée, triste et parfois fausse de Kurt Cobain, pour les guitares, pour la redécouverte des titres en acoustique, mais surtout pour les émotions. En vinyle, si vous pouvez, les frissons n’en sont que meilleurs.

Tháleia

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