Un mardi neigeux en mars à Paris, je rejoins
une amie.
- « 12h rdv à Répu. »
- « Ok ! »
Quelques centaines de kilomètres plus loin et
deux lignes de métro plus tard, je me retrouve sur le boulevard du Temple.
Depuis le premier étage de l’appartement, on ne discerne
plus l’ombre de la Nation, c’est à peine si l’on devine Marianne coté
République. Après avoir déjeuné au chaud, dans un petit resto du XIème,
nous nous dirigeons vers Orsay pour l’exposition temporaire :
« L’ange du bizarre »… de quoi attiser notre curiosité…
Trois lignes de métro plus loin et un arrêt de
RER plus tard, nous nous retrouvons dans l’interminable file d’attente du
musée. Malgré la neige, le froid, les parapluies qui s’entrechoquent et
menacent de nous aveugler à tout moment (comme quoi le tourisme est une
activité à hauts risques !) notre
bonne humeur est toujours au rendez-vous.
Quatre mètres plus loin et trois discussions
plus tard, nous sommes, à quelque chose près, toujours au même endroit. Alors,
comme en prémices de l’exposition, nous admirons la Seine avec ses péniches
blanchies, les tuileries presque vides, toutes enneigées, et le Pont des Arts
paré de son manteau blanc. Le temps serait-il suspendu dans la capitale ?
Quelques frisottis en plus, (à ce stade de la journée,
j’en viens à remercier ma masse capillaire d’atténuer le froid : froissée
ou frigorifiée pas d’hésitation !) nous plongeons dans l’univers du romantisme
obscur. Le mariage est parfait, le romantisme noir répond au spectacle des
blancs bords de Seine.
Dès le
premier pas, l’invitation au voyage s’impose d’elle-même, attirante et terrible
à la fois. L’expérience devient intimiste, l’œuvre tutoie le Moi. Peu à peu la
raison se dérobe, l’irrationnel onirique prend le dessus. Rêves, cauchemars et
angoisses s’incarnent et le péché prend corps. Les personnages maléfiques
de Milton, Shakespeare et Goethe, reprennent vie avec Füssli et Delacroix. La Tempête de Rodin semble hurler
toujours plus fort.
Quand soudain, pris dans ce tumulte, entre Satan, démons, et autres spectres, mon regard s’attarde sur ces tableaux de Victor Hugo. Les paysages lancinants en mouvements rappellent sans cesse le souvenir d’une Léopoldine disparue.
Quelques
tableaux plus loin, une musique angoissante, des voix, une lueur à peine
perceptible, une pièce un peu sombre, je redécouvre la Rébecca d’Hitchcock et avec elle, des bribes du cinéma
expressionniste.
Je
reprends mon souffle.
Six photos après, j’arrive à l’acmé de
l’irrationnel. Avec Dali, Ernst et Klee, le triomphe de l’imaginaire
s’accomplit, l’expression libre de l’inconscient retentit, les rêves prennent
vie et à cet instant, Aragon, Soupault, Eluard et Breton me reviennent en
mémoire.
J’aimerais tant revoir Paris avec Nadja ! La prochaine fois
peut-être…
Pour l’heure, la neige tombe toujours et avec Paris, le romantisme
demeure.
Parce que tous les arts s’y côtoient, parce
que ces arts nous entrainent vers des ailleurs chimériques, et parce qu’ils
nous rappellent que parfois, la Raison n’a pas raison, cette exposition est à
voir, revoir et rerevoir !
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Carlos SchwabeLa Mort et le fossoyeur© RMN (Musée
d'Orsay) / Jean-Gilles Berizzi
Melpoménê
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L’ange du bizarre.
Le romantisme noir de Goya à Max Ernst.
Du 5 mars au 9 juin 2013, exposition temporaire.
Musée
d’Orsay.



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